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© Rita Sacglia / Dargaud ©Maite del Moral

 

Pour une image en haute résolution de Rita Scaglia, contacter : DARGAUD

La photo de Maite del Moral est libre de droits. Clicker ICI pour la télécharger.  

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BD

 

Né en 1956, dans un village montagneux de Kosovo, la province la plus pauvre de l’ex-Yougoslavie, je ne vois absolument aucune image jusqu’à l’âge de quatre ans. L’événement m’éblouit (la preuve : je ne m’en suis pas encore remis ; et pourtant, j’ai souvent tenté d’abandonné le dessin, au profit des occupations plus commodes !). Le déménagement à Prishtina, la capitale du Kosovo, me permet de découvrir la BD et de rattraper le temps perdu : je réalise ma première planche à huit ans, et je publie à l’âge de treize ans. Suivent des publications à travers la presse des républiques ex-yougoslaves : Serbie, Croatie, Bosnie…
En 1978, je fais le grand pas : je monte à Paris, avec six illustrations sous le bras. Jours de France, France-Soir, Le Hérisson - dans l’ordre. Et dans le même ordre, on s’épate de mon toupet (eh oui : à l’époque, j’étais ignorant, maintenant je suis chauve) ; on m’explique que « la plume, c’est du passé » et qu’il faut encrer au pinceau (je ne savais même pas que ça pouvait se faire, vu la mauvaise qualité des pinceaux qu’on trouvait à Prishtina), et l’on m’enjoint d’aller voir ailleurs, chez des plus petits éditeurs (je finirai quand même par faire publier un dessin dans Le Hérisson). Pendant quelques années, je fais du « dessin humoristique » pour la presse française et yougoslave. Le jour où j’apprends que le Comité du Parti à Prishtina avait débattu sur l’un de mes dessins, je décide de me replier vers la BD.
Chez un éditeur parisien de BD gore, où les dessins sont payés au poids, je me pelle les doigts, mais je réussis à surmonter beaucoup de défauts techniques. Je bénéficie des conseils de Bilal, des encouragements de Jean-Claude Forest, des coups sur les doigts d’Yves Got. Je fais la première expérience de travail avec un scénariste en réalisant une BD pour le fanzine Sapristi. Et c’est LA révélation : encore plus que dessiner, j’aime raconter ! Je me lance, la tête la première, dans le scénario. Le résultat en est Matador (3 tomes) pour Glénat, en collaboration avec Hugues Labiano. Hélas, ça aura aussi des conséquences néfastes. Les aptitudes des autres là où je me sens bancal (la perspective, les proportions « justes », le décor) inhibent mon envie de dessiner. Pendant une bonne quinzaine d’années, je me limite à des histoires courtes, quelques travaux de commandes, et à des illustrations. La poisse dans mes projets comme scénariste fera le reste.
Un tourbillon de circonstances me mène à travers l’hexagone. J’emploie mes connaissances de langues dans des sociétés d’assistance (ah, les belles saisonnières de Mondiale Assistance !), ma maladresse dans le théâtre (régisseur de Vincent Roca, dans ses débuts), mes couleurs sur la passion de Jésus (un travail de commande), et je finis par choir en Espagne. Design, mise en page, création web, photo… je fais de tout, sauf de la BD. Les guerres yougoslaves, et plus particulièrement celle du Kosovo, m’entraînent dans le journalisme. Reportages, analyses politiques, éditoriaux. Je couvre le Kosovo, la Serbie, la Macédoine, le Monténégro et la Bosnie, pour la presse espagnole ; et je traite les questions nationales de l’Europe Occidentale (Catalogne, Pays Basque, Corse…) pour la presse kosovare. Je donne des conférences sur le nationalisme et l’identité. Ce dont je garde le meilleur souvenir sont les interviews. J’ai la chance de traiter avec un registre de personnalités qui va des activistes des Droits de l’Homme, intellectuels, politiques, et jusqu’aux leaders religieux ou de guérillas. Je traduis en espagnol le plus grand écrivain juif de l’ex-Yougoslavie, Danilo Kis, et en serbe l’un des plus grand écrivain moderne catalan, Quim Monzó. Je participe dans le débat sur la nouvelle identité kosovar et je traduis l’ensemble des interventions en anglais (Who is the Kosovar?). J’écris une histoire courte, et la réaction est telle qu’on m’offre la possibilité de publier un polar, Día de gracia (qui, dans l’édition espagnole, sera accompagnée de deux récit courts).
Et puis, sans m’en rendre réellement compte, je réalise une « espèce de » BD pour une maison discographique barcelonaise. C’est une biographie sui generis du pianiste de jazz Tete Montoliu. En voyant le résultat, l’éditeur décide de monter une collection (MusicCollection), que je design et mets en page, et à laquelle je contribue avec trois autres biographies musicales: Pete Seeger (USA), Vinicius de Moraes (Brésil) et Benny Moré (Cuba). Cela trace le chemin de mon retour à la BD française. Futuropolis m’ouvre ses portes ( Le roi invisible, 2009), et la rencontre avec Louis-Antoine Dujardin mène à l’adaptation en BD de mon polar Jour de grâce (Dupuis, 2010) avec Marc N’Guessan au dessin. Marc est un vieil ami, mais le miracle, c’est qu’on se découvre, sur le plan professionnel, des atomes si crochus qu’on s’engage sur le projet suivant sans perdre une minute (L’âge du chien, Dargaud). Un autre projet, Retour au Kosovo, en collaboration avec le phénoménal graphiste argentin Jorge González, et signé avec Dupuis.
Le roi invisible a obtenu la Brique d’Or du meilleur album au festival de Toulouse 2010. Jour de grâce a été sélectionné dans la section hors compétition du Festival d’Angoulême 2010. Marc a eu le Prix du Public pour Jour de grâce au festival de Toulouse 2010. Mon deuxième livre chez Futuropolis, Les amants de Sylvia, est sorti en août 2010. Le suivant, La dernière image (Collection Noctambule, 2012), a nécessité un temps plus long de gestation. Une des raisons de cela est aussi le fait que je travaillais en parallèle sur Comandante, un double volume qui devrait sortir dans la collection Aire Libre (Dupuis) en 2013 (sauf imprévus).
Mon longue sevrage de la BD, et la ballade à travers d’autres genres d’art (et d’autres moyens de communication), m’aident à aborder mon travail sous un angle nouveau. Je ne lâche plus le dessin, et j’ai aussi la chance de collaborer avec d’excellents graphistes : en plus de ceux avec N’Guessan et González, on prépare un projet avec Thomas Campi, … et d’autres qu’il serait un peu tôt d’annoncer.
Cela m’oblige (inévitablement) à abandonner tout autre activité (sauf la musique – mais là, je m’en donne à cœur joie !).

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Musique – Música – Music

La première partie de mon CV musical est très brève : je suis autodidacte. Les intégristes et inconditionnels de la formation académique sont priés de poliment refermer la porte en sortant. Je les comprends, mais je ne peux rien faire pour eux. C'est trop tard.
Cela ne veut pas dire que j'ai la science (musicale) infuse. J’apprends continuellement. En écoutant, en analysant, en jouant. Mon instrument premier est la guitare. Je me sers aussi d'un clavier pour chercher mes harmonies (et, occasionnellement, des mélodies, comme dans le cas de Nishets). J'étudie soigneusement chaque instrument pour lequel j'écris, cherchant à connaître au mieux ses limitations et ses possibilités cachées. Je consulte les interprètes, pour qu'ils me dévoilent des secrets de leur instrument.
En 2001, le Centre de Culture Contemporaine de Barcelone me propose de composer la bande sonore d'un documentaire qui serait présenté en boucle lors de l'exposition Tiran[i]a. Plus que l'engagement en lui-même, ce qui m'impressionnera c’est d'apprendre que les ouvriers qui montaient l'exposition fredonnaient tout le temps les airs de ma bande sonore. Le chemin de Damas s'ouvre devant moi : je peux communiquer avec les autres par le biais des notes musicales ! Indépendamment de ce que peuvent en penser ceux qui ont déjà fermé la porte (quelques lignes plus haut), je ne trouve pas de raison d’y renoncer.
Me voilà, donc, parti pour l'aventure. Mauricio Villavecchia, compositeur, arrangeur, directeur musical, pianiste, accordéoniste (et je dois en oublier) barcelonais, m’aide à faire du ménage dans le chaos qui entourait mes idées musicales. Après une myriade de compositions dans tous les styles, le premier projet concret se profile. Cela s’encadre, tout naturellement, dans ma langue maternelle, le jazz. Adhérant au refus des étiquettes proféré par Ellington, je tiens à préciser que, pour moi, le terme jazz désigne tout simplement un terrain de rencontre. Mes compositions sont mâtinées d’influences balkaniques, méditerranéennes, latines, aussi bien que par le rock ou la musique contemporaine, et autres inspirations intraveineuses ou auto-adhésives. Cette hétérodoxie de mes compositions trouve sa meilleure expression dans la divergence des origines des musiciens qui l’interprètent (Kosovars, Espagnols, Catalans, Basques, Moldave, Argentin, Uruguayen, Brésilienne, Vénézuelien, Bulgare, Suisse… et même un Franco-Espagnol). Par conséquent, je ne peux que nommer le projet Gani Jakupi Connections.
Je dois une reconnaissance particulière au saxophoniste Liba Villavecchia, qui m'a soutenu dans les moments où je désespérais le plus, face à ceux qui trouvaient que dans mon écriture musicale il y avait de la folie plus que de raison. Liba contrait mes découragements en soutenant fermement que dans mes compositions il y avait mucha música (beaucoup de musique) ».
Des extraits de mon premier CD, Aldea, peuvent être savourés sur ce même site web (www.ganijakupi.net), dans la section Musica (avec un blog et d’autres liens en cours de réalisation). Le CD devrait voir le jour au courant du moi d’avril 2012 (sa fabrication a été retardée plus d’un an pour des raisons familiale). Il sera distribué par Harmonia Mundi.
Le retard de sortie de ce premier CD a changé sensiblement mon rapport à la musique. J’ai repris la guitare, mais cette fois.ci non seulement comme un outil pour composer. Mon nouveau quintette est composé de Mareclo Mercadante au bandonéon, Manuel Martínez del Fresno au violoncelle, Jordi Gaspard à la contrebasse, Nesim Maxhuni à la batterie et aux percussions, et moi-même à la guitare. Évidemment, il y aura des invitées de toutes les couleurs et cultures, autour de ce « noyau dur ». Je tâcherai de tenir à jour mon blog Jazz Connections avec les compositions que nous sommes en train d’enregistrer.

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